07.01.2015


Bonjour à tous. 

Vous vous doutez bien qu'aujourd'hui, si j'ai besoin de parler, de vous parler, ce n'est pas de sujets comme les soldes, le maquillage ce genre de chose. Pour autant j'ai besoin d'écrire, besoin de mettre des mots sur ce qui s'est passé. 

On m'a bafoué, dans tout ce que j'ai de plus humain, moi et tant d'autres. On a tué la France comme elle pouvait l'être aujourd'hui. C'est difficile de mettre des mots sur ce qu'il se passe, moi même je ne comprends pas. J'ai passé mon temps depuis hier dans un brouillard, une sorte de gueule de bois déprimante. Cet article sera peut-être un peu brouillon, parce que j'ai les larmes au bord du coeur quand je l'écris. 

Hier vers 14 h 30 j'ai appelé ma mère pour lui demander des nouvelles, comme je le fais souvent. " Allo maman, ça va ? - Bof, pas trop, les infos ... - Qu'est ce qui s'est passé ?! - Cabu est mort, Wolinski aussi, y'a eu un attentat à Charlie Hebdo. - Non, tu déconnes ?! - Non ... ". 

Le temps de raccrocher, de croiser mon copain, et je suis rentrée chez moi et je me suis mise à pleurer. Vous pourriez trouver ça complètement con, après tout ces 12 personnes je ne les connaissais pas personnellement, ils ne sont même pas au courant de mon existence. Pour autant je ressens le besoin de faire un travail de deuil. 

Cabu, c'était une grande partie de mon enfance. C'était Le Grand Duduche, que ma mère avait acheté à 15 ans et que je lisais à mon tour, gamine. C'était Récréa2, le Club Dorothée, Mon Beauf ... 

Cabu, Wolinski, c'était Hara-Kiri, c'était un héritage. Charlie Hebdo c'était de l'impertinence, c'était de la provocation, c'était du rire, de l'humour noir, du glauque, c'était montrer sur le papier ce que parfois on ne peux pas voir en face parce que ça fait trop mal, que ce soit à l'ego ou aux tripes.

En assassinant ces hommes, on fait un pied de nez énorme à mes souvenirs de gosse, et à ceux de millions de gens. C'est comme si c'était la fin de la candeur. On a essayé de nous faire croire que notre vie avait de la valeur pour peu que nos idées soient toutes dans un consensus.  Vous pourriez trouver cet article bizarre, je ne suis pas politicienne, je ne suis pas journaliste, je n'arriverais pas à vous faire un discours construit qui vous transporteras d'émotion. Même si je n'ai pas de crayon, quelque part je fais couler mon encre pour le sang de Charlie qui a été versé. 

Je ne peux que vous exprimer ceci, avec tout l'humilité dont j'aimerais faire preuve: ce 7 janvier m'a brisé le cœur, face à toute son atrocité je me suis sentie démunie, mais aussi incroyablement entourée. J'ai compris ce que ça voulais dire d'être ensemble, le sens du mot "communauté". J'étais au rassemblement à Rennes. On n'entendait pas la moitié du discours, mais on comprenait tous ce qui était en train de se passer. J'ai vu une petite fille lever un crayon au ciel, et un couple de personnes âgés avec un vieux numéro du Charlie Hebdo. 

Quand, pour un dogme, on se sent obligé d'attaquer pour défendre, il y a un problème. Quand on nie ce qui y'a de plus précieux chez l'être humain, c'est à dire sa vie, il y a un problème. Quand on pointe une arme sur un homme, et qu'on est capable de l'abattre de sang froid, il y a un problème. Quand on a besoin de massacrer pour se faire entendre, il y a un problème. Quand 12 personnes sont assassinées, il y a un problème. 

Wolinski, Cabu, Tignous, Charb, Honoré, Maris, les deux policiers, l'homme d'entretien, la rédaction de Charlie Hebdo ... Ils avaient le courage de leur opinion et en on payé le prix fort. J'avais envie avec cet article de leur rendre hommage. C'est con, vous allez dire, mais bon, oserais-je affirmer que c'est aussi ça, la liberté d'expression, d'essayer d'exprimer ce que l'on pense ? 

Je sais très bien que je ne suis pas quelqu'un d'influent et que ces mots n'auront d'impacts que sur peu de personnes. Je n'ai pas une aura qui me permet de toucher des milliers de gens. Je n'ai que 22 ans et je ne suis pas non plus d'une grande sagesse. Mais si vous me lisez toujours j'aimerais juste dire ceci:

Là où certains pensaient diviser, il est important de se rassembler. On peut ne pas être d'accord avec des idées, avec des concepts, mais faire taire de la manière la plus irréversible qui soit est un acte tellement cruel, qu'il faut lui répondre avec la force que j'ai pu voir hier soir, l'union, l'unité. Que l'on soit athée, agnostique, croyant de confession musulmane, juive, chrétienne; que l'on soit d'origine française, chinoise, maghrébine, belge et que sais-je encore, on a en commun notre humanité, notre obstination, notre compassion, notre empathie, notre compréhension, notre bienveillance, notre joie, notre ouverture d'esprit, l'éveil de nos consciences. Face à l'horreur, je pense qu'il y a en nous cette force qui permet de se surpasser pour soi-même et pour les autres. Face à la peur, soyons déterminés à avoir confiance en son prochain. 

Frédéric Boisseau, agent d’entretien
Franck Brinsolaro, brigadier au service de la protection
Jean Cabut, dit Cabu, dessinateur
Elsa Cayat, psychanaliste et chroniqueuse
Stéphane Charbonnier, dit Charb, dessinateur
Philippe Honoré, dit Honoré, dessinateur
Bernard Maris, économiste et chroniqueur
Ahmed Merabet, agent de police
Mustapha Ourrad, correcteur
Michel Renaud, ancien directeur de cabinet du maire de Clermont
Bernard Verlhac, dit Tignous, dessinateur
Georges Wolinski, dessinateur

"Ils ont essayé de nous enterrer, ils ne savaient pas que nous étions des graines. Proverbe Mexicain"

Bal tragique dans nos coeurs, il va nous falloir apprendre à danser, avec ce que cette journée à pu nous prendre et nous donner. Merci pour eux, maintenant à nous de continuer.

10 commentaires

  1. je suis comme toi, je ne les connaissais pas mais je suis également bouleversée :(

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  2. C'est vrai que l'on ne connait pas personnellement ces personnes, pourtant chacun d'entre nous se sent touchés personnellement parce que ces terroristes ce sont attaqués à un symbole, celui de la liberté. Comme l'a si justement dis Charb "Je n'ai pas peur des représailles. Je n'ai pas de gosses, pas de femme, pas de voiture, pas de crédit. ça fait sûrement un peu pompeux, mais je préfère mourir debout, que vivre à genoux".

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  3. C'est un très bel hommage, très touchant.

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  4. ton billet m'a beaucoup touché. ne crois pas que ton billet " ne compte pas" que tu n'aurais pas d'influence ou des choses comme ça. Moi aussi j'ai fais un billet. on est nombreux à l'avoir fait. Et chaque billet, chaque petite pierre ajoutée à l'édifice permettra peut etre à un immense mur de s'elever contre les cons. <3 la bise, la cerise.

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  5. C'est vrai, ce qui s'est passé est bouleversant !
    Je n'arrivais pas à penser à autre chose, tout comme aujourd'hui, où je reste toujours dans cet espèce d'état bizarroïde, oscillant entre stupéfaction, horreur et espoir...
    J'ai grandi avec leurs dessins, je crois que c'est chacun qui a été touché !
    Mes pensées s'envolent vers eux, leurs familles et proches...
    Ce proverbe mexicain résume bien la situation.
    Bel hommage !

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  6. je suis tellement d'accord avec toi. Cet acte est inhumain. ton article est très beau. Bisous

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  7. Merci Louise pour ce très joli texte...
    Vous avez posé sur le papier tout ce que j'ai sur le cœur depuis mercredi... Je me permets de partager !
    Merci !!!

    Brigitte

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  8. Ton texte est superbe, un très bel hommage... je crois que nous sommes tous autant bouleversés...
    Bise

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  9. Maintenant à nous de continuer...oui.

    Ton texte est touchant, mille merci pour ces mots qui calme les miens ( maux) <3

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Merci pour ce petit mot, j'y répondrais avec plaisir dès que je trouverais un petit bout de temps :)